J'avais vu des ailes; j'avais rêvé d'avoir des ailes; j'en rêve encore; je ne fais qu'en rêver dans ma geôle de nacre et de lait où je ressens un tel travail s'accomplir de moins en moins obscurément. Serait-il possible que cette fabrication de nervures et d'écailles, cette mise au point d'articulations et moteurs, aboutisse à me donner des ailes? Dans mon exaltation je les imagine avec des ocelles, avec des armoiries comme des étendards; et sans savoir encore si mon effort dans ce sens produit quelque résultat, j'essaie de les rendre un peu plus longues, encore plus longues, plus souples, encore plus légères et vigoureuses. Je voudrais que toute ma réserve inconnue s'épuise en ailes.
Michel Butor
Michel Butor


